De son vivant déjà, Voltaire n'a laissé personne indifférent, et la Révolution qui le canonise, en 1791, achève de faire du patriarche, en le reconnaissant pour l'un de ses pères spirituels, la figure la plus prestigieuse de son temps. Le "stupide XIXe siècle" a eu bien du mal à s'affranchir de son encombrant prédécesseur. Ce siècle, que Faguet avait décrété "ni chrétien ni français", s'obstinait à hanter les consciences. Pas d'écrivain, de poète, de penseur qui n'ait dit son mot sur Voltaire. Au fil des décennies et des événements historiques, à mesure même peut-être que son œuvre trouve moins de lecteurs véritables, croît son statut en quelque sorte mythologique. Davantage qu'objet de connaissance, Voltaire est devenu sujet de polémique, sans que, de part et d'autre, on se soucie trop des distorsions ou des trahisons qu'on lui impose au nom de l'admiration ou de l'exécration. À travers Voltaire, pour ou contre Voltaire, partisans et adversaires parlent avant tout d'eux-mêmes, de la R