L'antisémitisme en France est une tradition double.
Il dénonce, comme dans les autres pays, l'argent, le nomadisme, les perversions sexuelles, le cosmopolitisme supposés des Juifs. Cet antisémitisme a trouvé son héraut en la personne d'Edouard Drumont, auteur de La France Juive (1886), qui eut jusque de nos jours d'innombrables émules.
Mais la France est un pays d'Etat fort. La Révolution, par le même mouvement où elle fonda la toute puissance de l'Etat, émancipa les Juifs. La République ne voulait plus connaître que des citoyens, égaux devant la loi, dont la promotion serait l'oeuvre de leurs seuls mérites, mais qui devraient, en contrepartie, refouler hors de la spère publique, dans la stricte intimité de leurs convictions personnelles, leurs particularismes culturels, linguistiques, religieux. Nombre de Juifs, acceptant le cadre particulier du franco-judaïsme, bénéficièrent en retour de l'émancipation par l'Etat, par le haut fonctionnariat et le service public.<