Du Bellay, éternel second, étape sacrifiée de la scolarité, est en vérité l'un des tout premiers poètes modernes : déchiré, désarticulé, à la jointure d'un monde du Symbole qui décline (il le salue d'Olive) et d'un monde de l'oisiveté affairée où le poète, déserté de muse, appartient à son absence d'état, il découvre l'étendue de la perte : regret. Son poème, comme sa vie, retrace un virement : "chétif" ("moins que rien"), il change d'un tout à un autre tout, passant par l'épreuve du rien qui fut sa Béatrice. Poète de tout malheur et du malheur d'être poète qui déchante, c'est grâce à l'expérience de la désolation en tout instant, à tout propos, qu'il invente la possibilité d'une nouvelle manière de tout dire ("J'écris tout ce qu'au coeur me touche.") En rupture avec le passé antique et récent, Pétrarque, ou Rome, ce passer du passé, le latin de ses maîtres ou le métier de noblesse ; fidèle à sa dépossession, il invente la "rime en prose", poésie française, le journal de bord quotidien
Forme de produitLivre broché / livre de poche broché