La critique a souvent souligné la présence massive des dialogues dans l'œuvre de Crébillon, mais aucune étude n'avait envisagé de les étudier dans leurs relations avec un thème libertin récurrent : la séduction. Celle-ci est définie comme une pratique sociale et discursive ritualisée, dont les ultimes spectateurs sont le "monde" dans les romans et le lecteur. La séduction, liée à la parole efficace, fonctionne à un double niveau de réception : à l'intérieur des romans, dans la fiction et à l'extérieur, dans la relation que le texte établit avec son lecteur. Elle est mise en scène dans le dialogue qui la fait exister et qui constitue un véritable choix stylistique de l'auteur. Le dialogue est le lieu d'une rhétorique argumentative dans laquelle la voix narratoriale gère la parole des personnages de manière problématique. La question de l'érotisme de telles scènes dialoguées n'est plus alors traitée par rapport à l'écran que le langage poserait sur la réalité, mais comme l'esthétisation