Fleuron de la littérature classique, les Réflexions ou Sentences et Maximes morales de La Rochefoucauld arrachent la forme brève aux usages scolastiques de la citation et du florilège pour renouer avec l'art de l'aphorisme. Leur extrême accomplissement, consonance rigoureuse d'une forme et d'une pensée, a fait l'unanimité dès leur parution. Il en va tout autrement de leur contenu. La perfection de l'énoncé, son ironie constitutive, la réserve de l'auteur, qui ne signe pas son œuvre et ne la commente jamais, en font un texte aux intentions étonnamment ambiguës, voire mystérieuses.
Pénétrées d'augustinisme, Maximes et Réflexions proposent une vision très sombre de l'homme et du monde. Sont-elles une dénonciation de l'univers impur de la Chute et "une préparation à l'Évangile", comme l'affirment les proches du duc, ou, expression d'un "jansénisme sans la rédemption" (Sainte-Beuve), dressent-elles un simple constat? Conçues dans la mouvance de Port-Royal, prennent-elles rang auprès des Pen