La Nature est constamment évoquée, et peut-être encore plus invoquée aux dix-septième et dix-huitième siècles. Elle sert de référence, de modèle pour les arts, dans la littérature, en morale. Elle fonde les principes généraux de la morale; la corres-pondance des principes avec la "Nature" est donnée comme la preuve de leur évidence et de leur vérité. Cependant, le terme Nature ne cesse pas pour autant de désigner l'univers: le même terme est utilisé pour attirer l'attention sur les êtres vivants, les plantes, les animaux; les hommes aussi, malgré les trans-formations qu'ils parviennent à imposer à la nature et le besoin, manifesté par beaucoup d'entre eux, d'affirmer leur différence par rapport à elle. Ainsi, la Nature est principe, mais en même temps réalité. Il y a là une ambiguïté. Pierre Bayle, qui se situe à la charnière des deux siècles dits classiques, au cœur de la "crise de la conscience européenne" mise en lumière par Paul Hazard, affronte cette ambiguïté. Bayle confronte ces