On s’interroge, dans ce livre, sur la façon dont les peuples sont représentés : question indissolublement esthétique et politique. Les peuples aujourd’hui semblent exposés plus qu’ils ne l’ont jamais été. Ils sont, en réalité, sous-exposés dans l’ombre de leurs mises sous censure ou – pour un résultat d’invisibilité équivalent – sur-exposés dans la lumière artificielle de leurs mises en spectacle. Bref ils sont, comme trop souvent, exposés à disparaître.
À partir des exigences formulées par Walter Benjamin (une histoire ne vaut que si elle donne voix aux « sans-noms ») ou par Hannah Arendt (une politique ne vaut que si elle fait surgir ne fût-ce qu’une « parcelle d’humanité »), on interroge ici les conditions d’une possible représentation des peuples. Cela passe moins par l’histoire du portrait de groupe hollandais et des « portraits de troupes » totalitaires que par l’attention spécifique accordée aux « petits peuples » par les poètes (Villon