L’Antiquité du XIXe siècle : étrange plus qu’étrangère, irréductible à sa seule historicité, elle se présente comme une vaste nébuleuse de temps et d’espaces très hétérogènes, liés par un sentiment confus d’appartenance, par une langue (le tout-puissant latin), par une certaine conception de la virtus. Monde essentiellement imaginaire donc, mais autoritaire et éternellement présent, source privilégiée des valeurs idéologiques, politiques et esthétiques ; l’Antiquité, malgré les crises, ruptures et révolutions qui ont marqué le XIXe siècle, reste paradoxalement l’horizon de référence par rapport auquel la modernité est sommée de se penser. Cette fascination s’explique par la nature irréductiblement rhétorique de l’Antiquité, inséparable des mots qui la disent et qu’elle dicte : cette épaisseur de textes et d’images l’érige en objet immédiatement fantasmatique, qui exclut d’emblée toute relation distanciée ou purement intellectuelle. De ce rapport toujours passionnel et passionné, qui ma