Que la Révolution de 1789 ait profondément modifié le statut social et les conditions de vie de la noblesse française est une évidence. Mais le changement, voire le bouleversement, se produit aussi dans les consciences. « Je ne suis pas révolutionnaire, mais j’ai été révolutionné » écrira Astolphe de Custine quelques années après ces événements.
Cette révolution intérieure, cette agitation des âmes affecte les femmes de l’aristocratie plus encore que les hommes. Dépossédées de leurs privilèges et de leurs biens, lancées sur les routes d’Europe dans une errance souvent douloureuse, mariées plus ou moins contre leur gré à des hommes âgés et dominateurs, les femmes de la noblesse éprouvent le besoin, entre 1800 et 1848, de porter témoignage de leur expérience en se lançant dans l’écriture personnelle. Il existe bien, depuis le XVIIe siècle, une tradition des mémoires aristocratiques féminins, richement illustrée par madame de Motteville ou Madame de Staal-Delaunay. En ce début du XIXe siè