"À chaque pays sa mémoire et le genre de lieux qui l'incarnent. À chaque pays son propre rapport au passé, en fonction de son histoire particulière. De même qu'on a longtemps opposé un modèle de nation français au modèle allemand, de même peut-on opposer aux mémoires allemandes un type de mémoire français. Celui-ci s'organise en fonction d'un lien étroit et très ancien entre l'État et la nation. En Allemagne, où le rapport à l'idée nationale a toujours été difficile, incertain et même douloureux, ce sont les douze années maléfiques du nazisme qui commandent la réactualisation et la réinterprétation du passé tout entier. Et, pour les historiens à la recherche des "lieux de mémoire" allemands, ce sont deux événements majeurs et récents - la chute du Mur et la réunification - qui déterminent l'architecture d'ensemble, imposent le plan ouvert, respectueux de tous les pluralismes, accrochés à des notions spécifiques et intraduisibles (Bildung, Volk), mais qui jouent comme des aimants de mém