"Avez-vous vu les Lettres à Sophie ?". Posée dans une lettre de juillet 1770 par un informateur résidant à Paris à son noble correspondant et protecteur, ami des philosophes, résidant en Poitou, cette question nous livre la date de publication du texte, auquel un manuscrit, copié sans doute sur l'édition imprimée, donne un titre plus parlant, encore que trompeur : ces Lettres inachevées ne traitent que de deux des trois thèmes annoncés. Elles le font sur le modèle et dans l'esprit d'un bon nombre des œuvres antichrétiennes, athées et matérialistes, plus ou moins clandestines, plus ou moins notoires, de la littérature philosophique de l'âge classique prenant racine dans l'érudition libertine, mais en se coulant dans des structures bizarres, en empruntant à des sources insolites, en recourant à des procédures déroutantes, accentuant jusqu'à la caricature ou peu s'en faut les traits de cette littérature, dans son acuité, ses hardiesses et son humour, comme dans ses facilités, ses superche