Notre âge est celui des nations: en moins d'un demi-siècle, le fait national, issu de l'Europe occidentale, a achevé de conquérir la Terre. Mais en Occident l'idée nationale a précédé les réalités: la France, l'Angleterre ont été des nations, ont vécu dans l'âme de leur peuple bien avant de fonctionner comme des organismes solidaires, et ceux-ci se sont peu à peu soudés.
Sur les autres rives de la Méditerranée et dans le Moyen-Orient, l'émergence des entités nationales se heurte à la concurrence d'une idéologie universaliste toujours active, la foi musulmane, voire à l'obstacle supplémentaire de l'arabisme, plus ou moins confondu avec elle. Leur construction ne peut se fonder que sur des réalités concrètes et sous la pression de leurs exigences. Mais celles-ci s'expriment dans le cadre d'une fragmentation territoriale, héritée de la dislocation de l'Empire Ottoman et de la décolonisation, qui révèle de multiples affrontements, produits des ségrégations géographiques, confessionn