Peut-on avoir recours à la figure ovidienne de la métamorphose pour désigner la gamme de mutacions que nous livrent les récits du Moyen Âge? Est-il anachronique d'évoquer la métamorphose médiévale alors que le mot n'entre dans la langue vernaculaire qu'à la Renaissance? Comment décrire et interpréter les motifs qui font intervenir des transformations surnaturelles?
Cet essai retrace l'histoire d'une longue fascination pour les mythes de métamorphose, qui incarnent, depuis l'Antiquité, la séduction de la fabula. Pour évoquer la métamorphose la littérature vernaculaire a déployé une déconcertante variété de figures. En étudiant le lexique et la rhétorique de la mutacion dans différents contextes - poésie ovidienne, littérature courtoise, mythographie et historiographie - nous avons interrogé les diverses fonctions de ces fugaces merveilles. Leur nature éphémère va en effet au-delà du caractère illusoire que leur assigne le discours théologique. Dans les textes profanes, les transformatio