Les branches du Roman de Renart, qui mettent en scène des animaux rivalisant à coups de mauvais tours, atteignirent leur apogée au tournant du XIIe et du XIIIe siècle. La tradition était déjà sur son déclin, lorsque Jacquemart Giélée la revivifia en lui donnant une nouvelle interprétation. Dans son poème Renart le Nouvel, achevé vers 1289, il fit de Renart l’incarnation du mal, dont l’influence maléfique s’étend sur l’univers entier. Après Giélée, d’autres s’essayèrent à perpétuer cette nouvelle façon de traiter la matière traditionnelle. Cela ne l’empêcha pas de sombrer dans l’oubli : du milieu du XIVe au XIXe siècle on ignora aussi bien le Roman de Renart que ses successeurs. On est d’autant plus étonné de voir, vers 1460, un auteur anonyme transcrire en prose le poème de Giélée sous le titre du Livre de Regnart. A part le choix du texte, ce geste n’a cependant rien d’exceptionnel : bon nombre de textes littéraires des siècles antérieurs ont été ainsi mis en prose au XIVe et au XVe s