Depuis une dizaine d'années, l'accès à la bibliothèque personnelle de Saint-John Perse, abondamment annotée, et à ses manuscrits, a renouvelé la critique, et mis à leur juste place son utilisation de la culture et son travail sur le langage. On perçoit alors "la rhétorique profonde", selon l'expression de Baudelaire, qui sous-tend l'œuvre poétique et l'œuvre en prose de Saint-John Perse. Ample et grave, cette rhétorique a d'abord pour fonction la louange des pouvoirs du langage. Ainsi se constitue une parole élevée qui obéit à la hiérarchie des styles et qui fait du langage poétique un langage séparé. Une parole ritualisée, souvent hermétique, donne accès à une ontologie qui confère son sens à la poésie. Mais la gravité du propos n'interdit pas les jeux de mots et de multiples stratégies de cryptage qui impliquent une distance de soi au monde et de soi à soi favorable à la construction de la figure du poète. Ce personnage complexe, élaboré dans les proses du volume de la Pléiade impose