« Tout ce que j’écris est au passé. On n’en finit pas avec lui, bien plus fécond que toute anticipation, inépuisable à mesure qu’on le déplie et lui fait les poches. Très jeune encore, je songeais à ma vie au passé, je me voyais volontiers tel que je n’avais jamais été, comme sur une photo prise par l’un de mes deux amis de lycée, assis sur une petite chaise dorée dans le parc d’Effondré, devant la perron à l’arrière, la porte aux volets clos. Je n’avais pas vingt ans. Nous avions acheté aux Puces de Clignancourt des vêtements noirs de gala, des fracs usés que leurs propriétaires défunts ne mettaient plus depuis longtemps, des chapeaux haut-de-forme ou des melons, de minces cannes d’apparat, toujours sous l’in