La parution de la GRANDE ENCYCLOPÉDIE BÉTE ET MÉCHANTE, de Cavanna, éclata en coup de tonnerre. Partout, jusque dans les plus humbles villages, les arrogantes statues de Diderot, du Petit Larousse et du Grand Robert furent jetées à bas par le sous-prolétariat maghrébin assoiffé de vraie culture et aussitôt remplacées, dans un grand élan d'enthousiasme, par des statues équestres de Cavanna, bel objet d'art en polystyrène expansé offert gracieusement par la maison Albin Michel pour toute commande groupée d'au moins trois cents exemplaires de la GRANDE ENCYCLOPÉDIE BÊTE ET MÉCHANTE, grandeur nature, doré à la peinture dorée, moustaches au choix : blanches, grises, fraise, pistache, chocolat ou panaché, joindre cent francs pour frais d'envoi. La concurrence, d'abord atterrée, réagit avec un long cri de haine. D'innombrables autant que de grossières imitations submergèrent le marché, lancées en catastrophe par les éditeurs cacochymes désormais voués à la stricte famine