Paradoxalement, Proust réprouve et ridiculise l'ironie quand elle est pratiquée par ses personnages alors qu'il la fait fructifier dans son écriture. Cette contradiction se dénoue si l'on distingue dans la Recherche plusieurs types d'ironie, dont on peut analyser l'agencement grâce au modèle du trope ironique : de même que le signe ironique se structure sur au moins deux degrés, le second dominant le premier, les diverses ironies du roman se greffent les unes sur les autres, chacune critiquant la précédente et fournissant une cible à la suivante. Selon ce dynamisme propre à la régressivité ironique, la Recherche s'organise sur quatre niveaux. Au premier, celui de l'histoire, se situe l'ironie des personnages - notamment le bel esprit -, qui est ridiculisée par l'ironie de deuxième niveau, la satire, maniée par la persona satirique du narrateur. Celle-ci est elle-même prise pour objet par l'ironie romanesque, qui occupe le troisième niveau : exercée par un narrateur pédagogue et chargée