Comment situer, dans la longue série des livres sur les merveilles, l'Abrégé qui leur doit son nom ? Certainement pas par leur auteur, le mystérieux Ibrâhim Ibn Waçîf-Châh, dont nous ne savons rien, sinon qu'il écrivait aux alentours de notre an mil. A première vue, l'ouvrage s'inscrit, sans coup férir, dans la tradition qui intègre les merveilles à des oeuvres de propos plus vaste, encyclopédique, comme le fit l'un des maîtres du genre au 10e siècle, Mas‘ûdî, l'auteur des célèbres «Prairies d'Or». Carra de Vaux a, sur ce point, des paroles tout à fait pertinentes, qui précisent fort bien la place des merveilles dans le panorama général du savoir : ce sont "des monuments, des faits, des êtres, tels que ceux qu'on rencontre dans la géographie et dans l'histoire. Il n'est pas bien sûr qu'elles soient vraies ; il l'est encore moins qu'elles soient fausses..." Rien n'est peut-être plus saisissant, en fin de compte, que cette vision embrassant le monde jusqu'en ses îles les plus lointaines,