S’il importe de réhabiliter Jean-Baptiste-Antoine Suard (1732-1817), c’est moins à cause de la qualité littéraire stricto sensu de son œuvre que des enjeux qu’elle recouvre. Éparse, elle s’étudie en même temps comme un document d’histoire, intéressant par le contenu politique, idéologique et esthétique, et comme un ensemble de textes révélant la maîtrise d’une forme, sinon d’un genre, emblématique de l’époque : l’article. Ici, ce sont ceux de ses journaux les plus réussis, peut-être aussi les plus personnels, le Journal étranger (1760-1762), qu’il reprend avec l’abbé François Arnaud, et la Gazette littéraire de l’Europe (1764-1766), que créent les deux amis. Les articles de ces périodiques nourrissent à leur tour d’autres œuvres, aussi peu normées, comme les Variétés littéraires (1768-1769) et les Mélanges de littérature (1803-1804). Mais la question de l’écriture journalistique et critique ne saurait s’appréhender à partir des seuls ouvrages imprimés : elle s’enrichit de l’étude de la