La Prusse serait-elle un objet historique difficile à identifier ? Sa singularité tient d'abord à ce que son identité change au cours de son histoire. Son nom commence par s'appliquer au territoire conquis, dans la première moitié du XIIIe siècle, par les chevaliers Teutoniques entre la Vistule et le Niémen, puis au duché dont l'érection suit la conversion du grand-maître de l'Ordre au protestantisme.
Scellée en 1618 sous l'égide des Hohenzollern, l'union de la Prusse et du Brandebourg n'est d'abord que personnelle. La véritable rupture intervient en 1701, quand le prince électeur de Brandebourg, Frédéric III, ceint la couronne royale de Prusse à Königsberg ; le roi de Prusse ne tarde pas à se substituer au margrave de Brandebourg.
Rien ne disposait donc cet agrégat de territoires disparates à devenir le berceau d'un Etat capable de jouer les premiers rôles en Allemagne, a fortiori en Europe. Construction d'abord politique, la Prusse est l'oeuvre d'une dyna