Plus d'un siècle après sa mort, Félix Vallotton demeure énigmatique malgré la renommée dont est auréolée son oeuvre aux thèmes et aux genres extrêmement variés, des scènes de rue de la Belle Époque aux évocations presque abstraites du champ de bataille de Verdun. Le « nabi étranger », comme on l'appela à ses débuts à Paris, fut surtout un nabi étrange. Quant au réalisme plus tardif de l'artiste, il est très singulier lui aussi, et très souvent trompeur.
Partant de ces paradoxes, Étienne Barilier brosse le portrait d'une personnalité artistique inclassable, à la fois peintre, graveur et romancier, aussi difficile à cerner que sa relation ambiguë à la modernité, et qui trouve in fine son unité dans l'acuité prodigieuse de son regard, dans sa cruelle pénétration psychologique, dans son pouvoir d'aller à l'essentiel et de débusquer les passions cachées.