"L'oeil existe à l'état sauvage" : ainsi s'ouvre en 1928 Le Surréalisme et la Peinture. Dans la réédition considérablement augmentée qui paraît en 1965, la phrase est inchangée. Breton pense toujours que la vision possède une antériorité absolue sur le langage et que l'oeil est l'instrument d'une saisie immédiate du monde. Un regard sur une peinture peut encore, à la fin d'une vie, engager l'existence avec la force du coup de foudre amoureux. Breton n'a jamais autant écrit sur l'art que dans ses dernières années. Chaleureux, enthousiastes, les textes qui composent l'ultime édition du Surréalisme et la Peinture témoigent d'une capacité d'émerveillement intacte. Qu'ils soient consacrés aux grands noms - Chirico, Picasso, Ernst, Miró, Duchamp, Picabia... - ou à des inconnus, c'est toujours en fonction de sa capacité de surprise que l'oeuvre d'art y est considérée. En 1965, Le Surréalisme et la Peinture était un beau livre, avec plus de trois cents reproductions en noir et blanc et en coul