En ces temps où la transparence est élevée à hauteur d'absolu, les larmes viennent troubler le regard, mettre du flou et de la profondeur. Insaisissables, feu et eau, elles débordent et déroutent. Elles ne cessent de déployer leur oeuvre de brouillage, de troubler le contour des phénomènes, de faire douter de la limite entre le dedans et le dehors. Qui s'y arrête s'attarde finalement à sa propre finitude et l'interroge, intrigué d'être à soi-même une énigme. Que peut-on percevoir à travers elles qui ne se verrait pas sans elles ? De quoi lavent-elles nos yeux ? De quoi nous délivrent-elles ? Qu'ont-elles à dire de l'homme ? Les larmes s'échappent dès lors que l'on tente de les systématiser, de les ordonner, de les contraindre. Elles ont un pouvoir subversif incontestable — et les mystiques l'avaient compris, d'où leur tentation toujours présente de les contrôler, de les expliquer, de les assécher. Quand il est partagé, l'instant des larmes suspend le temps, il devient présence. La susp
Forme de produitLivre broché / livre de poche broché