En entrouvrant ce livre, le lecteur pénètre dans un monde nouveau, celui des scribes et enlumineurs musulmans de l'Afrique dont la production livresque considérable et en particulier celle d'une grande variété de corans est passée inaperçue du monde colonial européen et de ses savants orientalistes.
Comment les lettrés africains ont-ils conçu le livre coranique que leur a apporté l'islam ? Ont-ils copié anonymement les modèles islamiques dominants ou bien ont-ils innové, cherché à leur procurer une identité matérielle et graphique qui leur appartienne ? Car le Coran n'est pas seulement un texte, un message religieux, il s'incarne dans un objet complexe, fait de matériaux et de signes qu'il est loisible à chaque copiste d'arranger suivant sa propre sensibilité et celle de son groupe social d'appartenance. Formé à un niveau supérieur, après l'école coranique, le copiste africain, qui est aussi le plus souvent l'enlumineur, se signale par sa créativité dans ses décorations et