Ce que nous voyons ne vaut – ne vit – que par ce qui nous regarde. Si cela est vrai, comment penser les conditions esthétiques, épistémiques, voire éthiques, d’une telle proposition ? C’est ce que tente de développer ce livre, tissé comme une fable philosophique de l’expérience visuelle.
Nous y trouvons deux figures emblématiques, opposées dans un perpétuel dilemme. D’un côté, l’homme de la vision croyante, celui qui fait sienne, peu ou prou, la parole de l’évangéliste devant le tombeau vide du Christ : « Il vit, et il crut. » D’un autre côté, l’homme de la vision tautologique, qui prétend assurer son regard dans une certitude close, apparemment sans faille et confinant au cynisme : « Ce que vous voyez, c’est ce que vous voyez », comme disait le peintre Frank Stella dans les années soixante, pour justifier une attitude esthétique qualifiée de « minimaliste ».
Mais ce dilemme – constamment entretenu dans nos façons usuelles d’envisager le