Un siècle avant la naissance d'une véritable presse (la Gazette de Renaudot n'apparaît qu'en 1631), existaient de petits bulletins d'information, communément appelés canards ou occasionnels. Ces minces brochures, généralement anonymes et vendues par colportage, relataient des faits divers particulièrement étranges ou terrifiants, propres à frapper l'imagination et à ébranler les nerfs: crimes, viols, incestes, monstres, catastrophes naturelles, phénomènes célestes, fantômes et diableries en tous genres, procès de sorcellerie... De longueur variable _ entre huit et seize pages environ _, imprimés grossièrement et souvent illustrés d'un bois naïvement taillé, ces canards s'adressaient à un public populaire, amateur de sensations fortes. Le lecteur d'aujourd'hui les rapprochera naturellement de la presse à scandale et des reality shows. Mais on ne trouve dans ceux-ci ni la poésie ni le pittoresque de ces modestes livrets ni, bien entendu, la fraîcheur na