La fortune littéraire de Christine de Pizan est liée, pour des raisons tant historiques que personnelles, à celle de la cause des femmes. On peut y voir en premier lieu une circonstance heureuse, car une femme qui écrivait était perçue, au temps du Moyen Âge finissant, comme chose singulière, et cette singularité donnait prise sur le monde. Circonstance malheu-reuse aussi, car la misogynie ordinaire désignait "cette femme Christine" à des propos d'autant plus faciles qu'injustes, depuis les provocations des défenseurs de la Rose jusqu'à Lanson du moins, dont le jugement peut être rappelé pour sa teneur caricaturale : "bonne fille, bonne épouse, bonne mère, du reste un des plus authentiques bas bleus qu'il y ait dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée des femmes auteurs, à qui nul ouvrage sur aucun sujet ne coûte…" Peu d'écrivains en effet ont pratiqué avec un égal bonheur autant de variantes de l'écriture que Christine : poésie lyrique, opuscules didactiques,