Peu de disciplines ont autant fasciné, autant fécondé l'imaginaire des hommes que l'alchimie, qui, dès la Haute Antiquité et en toute civilisation (indienne, chinoise, perse, arabe), s'est affrontée aux questions cruciales de la transmutation des métaux, de l'élixir d'éternité, de la panacée, et, au-delà, aux grandes énigmes métaphysiques où culmine l'oeuvre de Paracelse : fusion de l'esprit et de la matière, de Dieu et de la Création, unité perdue par la Chute et retrouvée par la Rédemption christique, assimilée au Grand OEuvre. Avicenne a pu la contredire au xie siècle et Rabelais la moquer : Newton luimême la pratiquera après Roger Bacon, Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, et seul l'avènement, à la fin du xviiie siècle, de la chimie rationnelle et quantifiée (Priestley, Lavoisier, Scheele) la disqualifiera en tant que science. On connaît son exceptionnelle fortune littéraire : l'homoncule du second Faust de Goethe et le personnage central du drame ; les récits de Novalis et de Hof