Pour beaucoup, le roman est un miroir servant à comprendre le monde. Chez Aragon, c'est le miroir qui devient roman : "Tout ce que je vois, ma vie, la réalité même, perdant tout sens moral, tout prend valeur d'être le reflet des fictions." Dans La Mise à mort, deux rivaux semblent aux prises, si ce n'est que l'un n'est sans doute qu'une image de l'autre. Dans Blanche ou l'Oubli, le narrateur invente une jeune femme, Marie-Noire, chargée d'arracher à l'oubli la femme qui l'a quitté, Blanche ; chaque personnage, imaginaire ou imaginant, se prétend bientôt le créateur de l'autre. Dans Théâtre/Roman se succèdent deux narrateurs, l'Homme de théâtre et l'Écrivain ; mais "est-ce un acteur qui rêve au jeune homme qu'il fut", ou l'inverse ? "À votre choix", dit Aragon. On comprend que Philippe Forest rappelle dans sa notice la parabole de Tchouang tseu : le sage endormi rêve qu'il est un papillon, et se demande une fois éveillé s'il n'est pas plutôt un papillon rêvant qu'il est un sage. D'une s